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Bonjour la vie
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Bonjour la vie
Portrait

Bonjour la vie

Avant d’arriver à Saint-Jean-de-Braye, ce « théâtreux » de 74 ans a tout connu : apprenti de cuisine, patron de restau, fabricant de chevaux à bascule, directeur de centre social, animateur radio… Au milieu de tout ça, il a (aussi) vaincu une hépatite C. Portrait d’un homme aux mille et une vies.
Hugo de tullio
Bonjour la vie
1973 : Suit une formation d’animateur de collectivité à Nogent-sur-Marne
1999 : Est engagé à la Comédie-Française pour deux rôles
2014 : Guérit d’une hépatite C

Il y a des gens qui passent toute leur vie dans la même ville, à faire le même métier. Puis il y a les autres, comme Michel Bonjour, qui n’ont de cesse de se réinventer, année après année. À 74 ans, cet homme à la longue tignasse blanche vit depuis le début de l’année à la maison intergénérationnelle de Saint-Jean-de-Braye. Avec sa voix claire et légèrement chevrotante, il raconte qu’il est ici pour partager avec les plus jeunes son « expérience ». Un terme qui prend l’allure d’un doux euphémisme quand on prend le temps de l’écouter.

« des joueurs du club de foot, bourrés, balançaient des langoustines par la fenêtre… »

Coup d’œil dans le rétro, soixante ans plus tôt : Michel Bonjour a 14 printemps, et malgré sa première place au certificat d’études dans le Jura, il doit aller travailler à l’usine pour aider sa famille. « Je n’y suis pas resté longtemps, car c’était vraiment le bagne », confie-t-il. Le jeune homme qu’il est alors passe un apprentissage de cuisine dans un restaurant de luxe. « Mais c’était encore pire que l’usine, raconte-t-il. Le patron était cinglé et alcoolique. » Il retourne alors dans différentes usines « un peu moins dégueulasses », et en parallèle, se montre très actif dans la première MJC (Maison des jeunes et de la culture) du département. Il passe son DECEP (diplôme d’État de conseiller d’éducation populaire) spécialité théâtre, à 17 ans, avant de devoir passer son service militaire en 1966. Nouvelle expérience douloureuse : « J’ai fait plus de jours de prison que de jours d’armée, ça a été catastrophique. »
Après cela, Michel Bonjour suit une formation d’animateur et décroche un poste à Sarrebourg, en Moselle, en devenant directeur d’un centre social. Là encore, « l’ambiance n’est pas terrible », relève-t-il. C’est peu de le dire, puisque le jeune homme qu’il est alors repart dans le Jura après qu’on a mis le feu à son bureau… Il s’installe avec sa femme, institutrice, et le couple perd son premier bébé d’une méningite foudroyante. Michel Bonjour parvient à se maintenir à la surface en se lançant dans la fabrication de chevaux à bascules et d’instruments de musique. Une activité qui dure un an et demi, puis finit par le lasser. Le Jurassien revient alors vers ses premières amours et se fait embaucher comme responsable d’animation de village-vacances dans les Alpes. En mouvement perpétuel, lui et sa femme partent vivre en Bretagne en 1978. Cette fois, Michel Bonjour travaille avec des personnes en situation de handicap mental pendant neuf ans. Puis changement de cap : le couple reprend un restaurant dans la Ville close de Concarneau, qu’il tient trois ans. « J’ai été complètement écœuré par certains clients, dont des joueurs du club de foot, bourrés, qui balançaient des langoustines par la fenêtre… »
Nouveau déménagement pour notre homme, qui monte à Paris pour faire de sa passion un métier : l’ancien animateur devient comédien au théâtre. Il vit de petits rôles et, à côté, anime des émissions de radio de cinq heures tous les mercredis sur Radio Libertaire, pour parler poésie, littérature et forcément, théâtre. Pendant un an, il entre également dans la compagnie L’Entreprise, de François Cervantes. Il joue notamment à Avignon en 1991 dans la pièce On a marché sur la Terre. « La salle était comble tous les soirs ! » se souvient-il. Par la suite, en 1999, il est engagé à la Comédie-
Française pour jouer, aux côtés de Denis Podalydès, dans Le Révizor, la célèbre comédie russe de Nicolas Gogol. Nouvelle période riche en émotions, dans tous les sens du terme : « Je devais entrer sur scène en chutant sur un tapis et je savais tomber. Mais l’habilleuse se rendait compte que j’avais plein de bleus : ce n’était pas normal. En fait, j’étais atteint d’une hépatite C. »

Et finalement, guérir…

Rompu à l’exercice de l’activisme grâce à ses années à Act-Up, Michel Bonjour crée avec un ami médecin l’association SOS Hépatites et est ensuite nommé vice-président du plan national contre cette maladie. Grâce à de nombreuses années de combat et l’apparition d’un nouveau traitement, il finit par guérir en 2014.
Aujourd’hui, à Saint-Jean-de-Braye, l’homme a encore plusieurs projets, comme proposer à des maisons d’édition ses nombreux livres, dont un polar et un roman basé sur la mythologie celtique : La Maison d’Aurore. Il compte aussi créer une journée nationale de vaccination contre l’hépatite B. Preuve qu’il n’y a pas d’âge pour se réinventer, encore et encore….

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