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Antoinette Roze Un monde « à soie »
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Antoinette Roze Un monde « à soie »
Portrait

Antoinette Roze Un monde « à soie »

Elle fut la 12e et dernière génération de la lignée Roze à diriger l’entreprise familiale dont les premières traces remontent à 1660 et qui a exporté son savoir-faire sur tous les continents. Depuis qu’elle a cédé les soieries Roze en 2018, elle se consacre à l’association Tours cité de la soie qui organise en cette première quinzaine de juin l’exposition sur le Camp du Drap d’or à l’hôtel de ville de Tours.
Patrice Naour
Antoinette Roze Un monde « à soie »
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Je n’avais pas de descendance, des neveux oui, mais qui avaient d’autres projets professionnels, la bonne solution était de trouver un repreneur… » C’est ainsi que les soieries Roze dont on retrouve trace dans l’histoire de Tours dès 1660 ont changé de mains et de destin. Antoinette représente la 12e génération de Roze à diriger l’entreprise – la première femme – et restera la dernière de la lignée puisqu’elle a cédé l’entreprise artisanale installée à Saint-Avertin en 2018 après l’avoir dirigée pendant trente-deux ans. « Je crois que j’ai fait le job, dit-elle aujourd’hui en guise de bilan. Ça n’a pas toujours été de tout repos puisque je suis arrivée à la tête de l’entreprise au moment où commençaient à se faire sentir les premiers effets de la mondialisation à la fin des années 80-début 90. Il a fallu faire face à une concurrence internationale accrue et ma grande fierté c’est d’avoir su maintenir une entreprise artisanale avec un savoir-faire séculaire unique tout en modernisant et en automatisant la production pour qu’elle reste locale grâce à des coûts supportables. Il y a eu des hauts et des bas mais jusqu’au bout les soieries Roze ont travaillé dans ce respect de la qualité et du travail bien fait alors que tant d’autres disparaissaient ou partaient produire à l’étranger des tissus qui n’avaient plus rien à voir avec la tradition de la soierie tourangelle… »

Et on sent à l’évocation de ces plus de trente années passées à la tête de l’entreprise que tout ne fut pas rose, que maintenir un savoir-faire ancestral dans un monde ultra mécanisé bâti sur les notions de rendements et de marges, n’allait pas de soi. « Nous avions une clientèle aisée, à l’étranger en particulier. Notre activité étant soumise à la conjoncture internationale, on a ressenti la guerre du Golfe en 1991 ou la crise des subprimes de 2008, c’était une activité en dents de scie. Je me rappelle aussi de la mort de Lady Diana fin août 1997. Pendant un mois, le marché anglais qui était le plus important pour nous s’est arrêté, les Anglais étaient sous le choc, ils n’avaient pas la tête à décorer leur intérieur… »

Une succession qui n’allait pas de soi

Elle se souvient aussi de son entrée dans l’entreprise en 1983. « J’avais commencé par décrocher une maîtrise d’AES (Administration économie et sociale) puis j’ai suivi les cours à l’Institut des hautes études européennes de Strasbourg d’où est originaire ma mère et enfin un DEA histoire du XXe siècle, je ne me destinais pas vraiment à la soierie, mais j’ai toujours apprécié être dans l’atelier, je travaillais pendant les vacances, j’étais d’ailleurs une très bonne dévideuse pour ceux qui connaissent (rires). Mes deux frères et ma jeune sœur n’étaient pas plus intéressés que ça par la soie, alors quand mon père m’a demandé de le seconder, j’ai accepté. » Elle rentre dans l’entreprise en 1983 mais le décès subit de Jean Roze en 1986 la propulse à sa tête. « Un choc évidemment mais nous avions une grosse commande pour le palais d’un prince saoudien, il a fallu faire face, j’ai été plongée dans le grand bain tout de suite, on s’en est bien sorti, c’est comme ça que j’ait fait mes preuves à la tête des soieries Roze en relevant ce défi… » Mais on sent bien qu’elle aime ça, relever des défis impossibles comme si la fille qualifiée par sa mère de « solide » n’avait jamais cessé de démontrer à ses parents qu’elle était à la hauteur, digne héritière de la lignée Roze…

Parallèlement, Antoinette va intégrer la Jeune Chambre économique de Touraine dès 1987 où elle aura en charge l’international. C’est dans ce cadre qu’elle ira créer à partir de 1989, après la chute du mur de Berlin puis du régime du dictateur Ceaucescu, la Jeune Chambre économique à Bucarest. « Un moment très fort car on vivait une moment de bascule de l’histoire du XXe siècle que j’avais étudiée… » En 1987 est aussi créée l’association Tours cité de la soie à l’initiative de Jean-Michel Barbier, qu’elle intègre évidemment pour faire vivre le souvenir de l’histoire de la soierie en Touraine. Association qu’elle préside aujourd’hui et qui organise l’exposition sur le Camp du Drap d’or à l’hôtel de ville de Tours. Histoire de continuer à tirer le fil d’une vie et d’une histoire unique, celle de la soirie, qu’elle connaît sur le bout des doigts ! λ

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